György Sebök (photo à gauche) était un personnage atypique, complexe et secret. Il fascinait d'emblée par sa culture, son humanisme et la profondeur de sa pensée musicale.
Elève à l'Académie Ferenc Liszt (Budapest) à la fin des années 30, il avait fait partie des derniers représentants d'une certaine éthique de la musique qui privilègeait la recherche du sens au détriment de la performance à tout prix, et qui refusait de flatter le public avec des émotions
artificielles et faciles, quitte à lui demander un effort d'attention

supplémentaire. Dans un monde dominé par la compétition, le marketing et l'argent, il professait l'écoute, le respect, l'équilibre, l'amour, et plaçait l'humain au centre de tout. C'est pourquoi il était un phare, pour ses élèves et pour tous ceux qui s'interrogent sur la place des émotions et des sentiments dans les nombreux domaines de la création et de l'art.

Son prestige de professeur ne doit toutefois pas faire oublier que György Sebök était avant tout un grand seigneur du piano. La perfection de son style - qu'il interprèta Bach ou Bartók - sa science magistrale des couleurs et du son, sa sensibilité raffinée mais dénuée de toute complaisance faisait de chacun des concerts qu'il donnait un événement dont les auditeurs se souviennent longtemps.

Etienne Blanchon

 

Un grand écrivain a dit que les mots d'amour ne sont pas l'Amour. Ainsi les notes ne sont pas la Musique. Même les plus belles paroles (déjà difficiles à imaginer après celles de Etienne Blanchon sur György Sebök) ne révèleront pas le visage du maître, tel qu'il est enraciné dans mon âme.

Onze Notre première rencontre fut en 1989 à Banff. En avril 1990, je l'ai entendu pour la première fois au concert. La 'Kleine Zaal' du Concertgebouw d'Amsterdam est devenue immense, remplie d'innombrables présences traversant les siècles, entre Mozart et Bartók, en passant par la Sonate en si de Liszt. Quelques mois plus tard, je me suis trouvée au milieu de 'son' Ernen bien aimé. Le miracle né à Banff continuait en prenant une nouvelle dimension.

Au début c'étaient le corps et le piano qu'il fallait mettre au point, leur fraternisation. J'étais jeune, déchirée par des fantômes et des questions. Je revenais chaque été à Ernen, retrouvant toujours les montagnes, amoureuses du ciel, les gens, amoureux de la vie. Puis, peu à peu, la Musique est venue au centre de nos rencontres - ses lignes de forces, et comment les libérer de l'esclavage de la pensée et de l'habitude. Sebök apprenait à rêver les yeux ouverts, à voir dans une goutte d'eau tout l'océan. La dernière fois, en 1999, il m'a dit: "..et maintenant tout est une question d'une évolution naturelle.." Et j'ai compris que cette ascension sera sans fin et sans repos. Et que chaque but est trompeur, comme "la perfection et la stabilité, qui n'existent point", disait-il souvent. Et de ne pas regretter. Il y aura toujours des erreurs, il y aura toujours des dragons noirs à vaincre... Mais de ma faute d'aujourd'hui poussera la vérité de demain.

La seule chose qui valait pour lui était la démarche, le mouvement - pour devenir un être humain, un vrai; pour naître.

Marietta Petkova, mai 2001